Hypothalamus, Hypophyse, Pancréas, Thyroïde, Surrénales et Gonades : quels rapports avec la dysfonction érectile ?

Hypothalamus, Hypophyse, Pancréas, Thyroïde, Surrénales et Gonades : quels rapports avec la dysfonction érectile ?

« Avec une prévalence trois à quatre fois plus élevée chez le diabétique par rapport à la population générale (Bondil 2003), les troubles de l’érection peuvent ainsi être le signe annonciateur du diabète, mais si on focalise tant sur le diabète c’est parce que c’est un problème de santé publique et de par sa fréquence, la prévalence des troubles érectiles qui peuvent lui être secondaires est importante, mais notre quotidien est parfois bien plus compexe, précise Dr Zinet Turki-Marrakchi, endocrinologue de libre pratique et ancienne présidente de la Société Tunisienne d’Endocrinologie, Diabétologie et Maladies Métaboliques. Outre le diabète, on retrouve toute la panoplie des pathologies endocriniennes qui, par une cascade propre à chacune d’entre-elles, peuvent être à l’origine de la dysfonction érectile (DE) ».

« Chez le diabétique, il est bien connu que la survenue d’une dysfonction érectile est directement liée aux complications chroniques du diabète, à savoir la neuropathie diabétique suite à l’atteinte des nerfs périphériques et la macro et microangiopathie (atteinte des artères et des capillaires sanguins), l’érection étant un phénomène musculaire, vasculaire et neurologique.

Pour les autres pathologies endocriniennes, en l’occurrence les maladies thyroïdiennes, surrénaliennes, hypophysaires et hypothalamiques, la physiopathologie de la DE est liée à l’altération de la fonction gonadotrope et à la diminution de la sécrétion de testostérone ».

Un petit rappel sur la fonction gonadotrope

« Quand on parle de la fonction gonadotrope, on parle de la fonction de l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique responsable de la sécrétion de la testostérone et qui fait intervenir dans un ordre hiérarchique l’hypothalamus, l’hypophyse et les gonades.

L’hypothalamus est une structure située dans le cerveau et composée d’un ensemble de noyaux logés, comme son nom l’indique, au dessous du thalamus et au dessus du tronc cérébral et qui synthétise une neuro-hormone appelée Gn-RH. L’hypophyse, connue également sous le nom de glande pituitaire, est une glande endocrine située à la base du crâne et qui synthétise à son tour des hormones spécifiques stimulant des organes cibles qui sont : l’ACTH ou hormone corticotrope en rapport avec les glandes surrénales, la GH ou hormone de croissance, la prolactine ou hormone lactotrope, la TSH ou thyérostimuline en rapport avec la glande thyroïde et les hormones gonadotropes (LH et FSH) en rapport avec les gonades (testicules et ovaires).

Tout commence au niveau de l’hypothalamus qui, via la sécrétion pulsatile de Gn-RH, commande la sécrétion de la LH et de la FSH par l’hypophyse qui, de son côté, stimule les cellules de Leydig à l’origine de la synthèse de la testostérone, l’hormone masculine, par les testicules.

Tout ce qui peut troubler cette succession de réactions est susceptible d’entraîner une altération de la fonction gonadique, une diminution de la sécrétion de la testostérone et in fine des troubles érectiles ».

Quelles sont les pathologies endocriniennes qui peuvent entraîner une DE ?

« Pour faire simple, le mieux serait de séparer l’atteinte centrale (hypothalamus et hypophyse) de l’atteinte périphérique testiculaire.

Les causes centrales

Organiques liées à une atteinte de l’hypothalamus, de la tige pituitaire ou de l’hypophyse.

Au niveau de l’hypothalamus, c’est essentiellement les pathologies tumorales et infiltratives (sarcoïdose, histiocytose) qui sont à l’origine d’un dysfonctionnement des noyaux qui sécrètent la Gn-RH  ce qui entravera la synthèse de la LH et par la suite celle de la testostérone.

Hypothalamus et hypophyse sont rattachés par la tige pituitaire qui peut également être le siège de lésions (section post-traumatique lors d’un accident de la voie publique ou pathologie infiltrative) à l’origine d’insuffisance hypophysaire et donc d’un dysfonctionnement de l’axe gonadotrope.

Quant à l’insuffisance hypophysaire appelée aussi hypopituitarisme, elle peut être secondaire à des atteintes tumorales notamment les adénomes (tumeurs bénignes sécrétantes ou non), à des maladies auto-immunes (l’hypophysite lymphocytaire) et peut survenir suite à certaines interventions neuro-chirurgicales.

Cette insuffisance hypophysaire se traduit par un déficit sécrétoire d’une ou de plusieurs hormones hypophysaires. Si le déficit porte sur la sécrétion de gonadotrophines, il engendre une hyposécrétion de testostérone et DE. Chez l’homme, l’insuffisance érectile peut être l’un des symptômes révélateurs de ce trouble hypophysaire.

Fonctionnelles liées à une altération de la pulsatilité sécrétoire du GN-RH.

La Gn-RH hypothalamique est un neurotransmetteur dont la sécrétion doit se faire de manière pulsatile pour stimuler correctement l’axe gonadotrope. A chaque fois qu’on a une altération des pulses de la Gn-RH, on a forcément une altération de la fonction de l’axe gonadotrope et de la sécrétion de la testostérone.

L’hyperprolactinémie agit directement sur les pulses de la Gn-RH. L’hypersécrétion de prolactine, secondaire dans la majorité des cas à l’adénome à prolactine, reste la cause la plus fréquente de DE.

L’hyposécrétion ou l’hypersécrétion d’autres hormones peuvent également perturber la pulsatilité de la Gn-RH.

On insistera particulièrement sur le cortisol et en particulier l’hypersécrétion du cortisol observée dans le syndrome de Cushing. Cette maladie peut être due à une tumeur de la glande surrénale, et est à l’origine de troubles sexuels chez l’homme dont l’insuffisance érectile.

D’autres maladies plus fréquentes comme l’hypothyroïdie (hypofonctionnement de la glande thyroïde) peuvent s’accompagner d’une DE en altérant la pulsatilité du Gn-RH.

 

Les causes périphériques

C’est l’insuffisance testiculaire périphérique qui peut provoquer l’insuffisance de production de testostérone. Elle peut être congénitale, en rapport avec des anomalies chromosomiques (le syndrome de Klinefelter) ou acquise et généralement de cause tumorale (cancer testiculaire), infectieuse (séquelle d’orchite) ou compliquant une radiothérapie ».

La prise en charge 

« Pour tout remettre dans l’ordre, la prise en charge repose sur le traitement de la cause. Pour le diabète, nul doute qu’il faut assurer le bon équilibre glycémique et agir sur les facteurs de risque cardio-vasculaires pour retarder ou au mieux éviter les complications dégénératives notamment neurologiques et vasculaires.

Sinon, pour les autres endocrinopathies, le traitement est selon les cas médical et/ou chirurgical.

L’insuffisance testiculaire périphérique pose toutefois problème étant une situation pour laquelle le rétablissement d’une fonction gonadotrope normale est difficile mais on peut toujours recourir aux injections de testostérone qui permettent de corriger l’hyposécrétion de cette hormone et l’insuffisance érectile. Un tel traitement peut entraîner éventuellement une hypertrophie de la prostate qu’il faudra surveiller de près ».

E.K.L

 

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